Afrique : un continent au centre de l’histoire mondiale

« Vous étudiez l’histoire africaine ? Mais qu’en sait-on avant l’arrivée des Européens ? Il y a donc des sources ? » Ces questions, combien de fois Catherine Coquery-Vidrovitch les a-t-elle entendues ? Sans compter les innombrables clichés, assenés par ceux qui vont admettre que si les Africains ont une histoire, elle serait « marginale » voire « cyclique » – opposée ainsi à une « vraie » histoire, sous-entendue « centrale » et « linéaire », bref occidentale.

L’auteure est catégorique : l’Afrique est une « extraordinaire terre de synthèse, pétrie d’histoire ». Mieux même, cette histoire, « la plus longue de toutes » puisque l’Afrique est le berceau de l’humanité, a été, demeure et restera au cœur du récit mondial. La démonstration, qui entend résumer un demi-siècle de travaux fondamentaux sur la question, occupe un peu plus de 200 pages aussi concises que stimulantes.

En ce qui concerne les sources, Coquery-Vidrovitch souligne que les Égyptiens, les Grecs, les Romains et les Arabes ont laissé une multitude de témoignages. Elle s’insurge surtout contre le lieu commun qui ferait rimer histoire et écriture alors que les travaux des chercheurs africains, devenus majoritaires sur ce sujet, dégagent une vision plus globale de l’histoire, enrichie des apports de l’anthropologie, de l’archéologie, de la paléobotanique, de la linguistique ou de la génétique des populations.

Quatre phases, beaucoup de questions…

L’histoire de l’Afrique peut schématiquement s’appréhender en quatre phases : la période antérieure aux traites négrières ; celle des traites ; la période coloniale (une parenthèse dans le temps long, nombre d’Africains l’ayant traversée de son début à sa fin) ; et celle des indépendances. Les deux phases intermédiaires, traites et colonies, dramatiques, ont conféré à ce continent une relative unité, même si les types très divers de sociétés et d’environnements ont abouti à des trajectoires distinctes. Cette histoire est traversée de pourquoi : « Pourquoi les Africains furent-ils les derniers à connaître une économie d’investissement et de production ? Pourquoi tant de commerces transcontinentaux (sel, or, fer, ivoire, etc.) se sont-ils effondrés au lieu de générer des activités productrices ? Pourquoi de belles civilisations anciennes (Nok, Ifé, Zimbabwe…) ont-elles disparu en laissant si peu de traces ? Pourquoi la situation actuelle est-elle aussi tragique, et pourquoi l’avenir demeure-t-il si inquiétant ? »

Les réponses qu’apporte Coquery-Vidrovitch mobilisent plusieurs approches. Elle souligne ainsi que les données environnementales sont peu favorables : les terres sont en général pauvres, les sécheresses persistances, et les maladies semblent avoir joué un rôle crucial dans l’évolution des sociétés. Outre le paludisme, on peut citer l’onchocercose, maladie transmise par un moustique et entraînant la cécité, qui explique peut-être la réticence ancienne des populations à installer leurs villages à proximité des rivières, justifiant ainsi l’absence surprenante de l’usage de techniques d’irrigation à grande échelle.

La préhistoire de l’homme, faut-il le rappeler ?, commence en Afrique. La fin de l’apartheid sud-africain, régime politique « soucieux de cacher tout ce qui pouvait mettre en doute l’“antériorité” supposée des Blancs dans le pays », a permis ainsi de redonner son importance au site de Blombos. Y sont attestées ce qui pourraient être les premières manifestations artistiques de l’humanité – on y a découvert des parures de coquillages remontant à plus de 70 000 ans, soit 40 000 ans avant que soient peintes les parois de la grotte Chauvet – ; et aussi les premières traces, à la même époque, d’une innovation technique majeure de l’industrie lithique, la retouche par pression, dont on faisait remonter l’invention à la préhistoire européenne d’il y a 20 000 ans.

L’Afrique, trésorière de l’Eurasie

Il n’est pas évident que plus tard, l’industrie du fer ait été en retard par rapport au reste du monde : ce métal était exploité dès le 7e siècle avant l’ère commune sur les rives du Niger comme autour des Grands Lacs. Et son commerce généra, avec celui du sel, des circuits commerciaux transcontinentaux d’ampleur. Le commerce le plus important fut celui de l’or. Jusqu’à la conquête espagnole de l’Amérique latine, l’Afrique en fut de très loin le plus gros exportateur mondial. Les royaumes du Mali, du Ghana, du Songhaï nourrirent via le Sahara l’essor monétaire des Empires musulmans et byzantin. Quant à la cité-État de Zimbabwe, entre les 11e et 15e siècles, son or circulait dans toute l’Asie ; des porcelaines chinoises ont été exhumées des ruines de la ville. Et ce fut autant pour les épices que pour le précieux métal, qui finança les expéditions vers le Brésil, que les Portugais cabotèrent le long des côtes africaines aux 15e et 16e siècles.

À ce moment-là, la population africaine comptait pour 20 % environ de la population mondiale. Si peu d’Africains eurent l’occasion de voir des Blancs (ceux-ci se cantonnant à des contacts côtiers), ils s’enrichirent pourtant des apports de la première mondialisation : maïs, manioc et haricots, venus du Nouveau Monde, se propagèrent progressivement, autorisant de meilleurs rendements agricoles.

Mais l’essor démographique qui aurait pu en résulter se retrouva brisé net par la montée en puissance du commerce esclavagiste. D’abord interne aux sociétés d’Afrique, caractérisées en plusieurs régions par un niveau très élevé d’inégalité sociale, la traite est attestée depuis le 7e siècle vers le monde musulman. Au début des Temps modernes, l’Europe vient se greffer sur ces circuits, et sa demande favorise l’émergence en Afrique d’États puissants – dont l’urbanisme provoque l’admiration des voyageurs portugais –, capables de razzier leurs voisins, de capturer des populations en masse et de les vendre. Le processus est corrélé à une stagnation démographique. Quelque 11 millions d’esclaves partent vers les Amériques, mais aussi les îles européanisées de l’Atlantique ou de l’Océan Indien. S’y ajoutent, sur une période plus longue, 5 à 10 millions de déportés à travers le Sahara, et 5 à 6 millions vers le Moyen-Orient. Si on admet qu’un esclave sur deux était vendu à bon port (l’autre mourant en route), le déficit démographique direct total est au minimum de 50 millions en l’espace de dix siècles, avec un sommet atteint aux 18e et 19e siècles.

L’acteur majeur de la naissance du capitalisme ?

Une précieuse carte, p. 116, montre les traites négrières aux 18e siècle. Elles sont internes au continent – les royaumes négriers consomment aussi bien qu’ils exportent –, et externes, vers les Amériques, l’Asie et le Moyen-Orient. Nous sommes là loin d’un commerce limité à une aventure triangulaire, qui verrait les bateaux partir d’Europe chargés de verroterie et de fusils, troquer leur cargaison contre le bois d’ébène avant d’aller vendre les esclaves au Nouveau Monde et de revenir à leurs ports d’attache chargés de la précieuse mélasse sucrée. Ce circuit exista, mais en volume, il était inférieur au commerce en droiture connectant directement le consommateur (les grandes plantations brésiliennes) au fournisseur africain. La carte montre d’abord des circuits mondialement intégrés : les Portugais commenceront par importer des esclaves d’Asie au moment de fonder leurs chapelet de forts côtiers, et des gens seront capturés alternativement, entre deux évasions, pour être déportés soit vers l’Atlantique, soit vers l’océan Indien, en fonction des besoins commerciaux des royaumes négriers.

Et Coquery-Vidrovitch de se référer malicieusement à Marx : si on admet que le capitalisme, c’est la force de travail, alors l’Afrique, qui exporta sa force de travail dans le monde entier, fut l’acteur majeur de la naissance du capitalisme. Le continent paya le prix du sang : les traites négrières brisèrent le lent processus d’augmentation démographique jusque-là commun à l’humanité entière, qui se prolongea dans le reste du monde (exception dûment faite des populations indigènes d’Australie et des Amériques, balayées par le typhon épidémiologique consécutif à l’arrivée européenne).

Le désastre colonial

Envisagée depuis l’Afrique, la colonisation par les puissances européennes fut un désastre absolu. Initiée timidement dès le 15e siècle avec l’installation de forts côtiers servant d’escales sur la route des Indes, elle prend un premier élan avec la conquête de l’Afrique du Sud par les Hollandais, et atteint son apogée avec la course à la conquête à laquelle se livre toute l’Europe au 19e siècle. La colonisation entraîne un effondrement démographique, dans le prolongement de la stagnation initiée par les traites négrières : au milieu du 20e siècle, la population africaine ne compte plus que pour 9 % de la population mondiale. L’explosion démographique d’aujourd’hui, qui devrait faire dans les prochaines décennies de l’Afrique le continent le plus peuplé du monde, est la conséquence de cette histoire.

Jusqu’à l’irruption des conquérants européens, les foyers de grandes endémies étaient relativement localisés. L’essor des déplacements de population, justifiés à la fin du 19e siècle par l’accaparement des meilleures terres par les Blancs afin de produire des monocultures d’exportation, et au début du 20e par le recours au travail forcé pour mettre en œuvre ces monocultures, fait le bonheur de la mouche tsé-tsé ou de la fièvre jaune, rejointes par les maladies d’importation : rougeole, variole, poliomyélite et maladies vénériennes. Ces dernières prospèrent suite à la présence, variable selon les régions, de règles matrimoniales favorisant le partage et la transmission des femmes.

Le cas le plus édifiant reste celui de la peste bovine. Venue des steppes russes via l’Égypte, l’épizootie décime le cheptel d’Afrique orientale, affame les populations et affecte probablement leur capacité de résistance aux conquêtes coloniales de la seconde moitié du 19e siècle. Le bouleversement des techniques agricoles rompt également le fragile équilibre écologique établi de longue date par les communautés rurales, sur la base du semi-nomadisme et de la jachère, et stérilise de nombreux sols.

La pénétration européenne ne fut pas, comme on le croit trop souvent, une promenade de santé. Des empires éphémères et parfaitement modernes, s’appuyant parfois sur de grandes idéologies religieuses, s’opposèrent aux conquérants avec des succès transitoires. Des identités se forgèrent, aujourd’hui posées comme allant de soi : Hutus et Tutsis au Rwanda, Peuls en Afrique occidentale… Ces cultures perçues comme multiséculaires furent des produits de la rencontre entre Europe et Afrique, chaque partie surinterprétant les renseignements fournis par l’autre afin de forger des histoires nationales et ethniques. Les catégorisations issues de ces dernières rythment l’histoire immédiate du continent.

Au terme du parcours, force est de constater que la démonstration a fait mouche. Par l’or ou les esclaves, les cartes du commerce mondial sur la longue durée montrent bien une Afrique au cœur. Nombre de processus sont disséqués au passage, qu’ils soient sociaux, religieux, économiques, géographiques, politiques, identitaires, agricoles, épidémiologiques… L’essai, mené à petite échelle, n’est pas sans évoquer Le Carrefour javanais [LOMBARD, 1999]. Convaincant, il devrait dissuader à l’avenir de parler d’un continent sans histoire.

La conclusion, que Coquery-Vidrovitch laisse à Achille Mbembe, peut se lire comme mêlant optimisme et pessimisme : « Le temps de l’Afrique viendra. Il est peut-être proche. Mais, pour en précipiter l’avènement, on ne pourra guère faire l’économie de nouvelles formes de luttes. »

COQUERY-VIDROVITCH Catherine [2011], Petite histoire de l’Afrique. L’Afrique au sud du Sahara de la préhistoire à nos jours, La Découverte.

LOMBARD Denys [1995, rééd. 2004], Le Carrefour javanais. Essai d’histoire globale, 3 tomes, Éditions de l’EHESS.

Pour ou contre Jared Diamond ?

« Pourquoi est-ce vous, les Blancs, qui avez mis au point tout ce cargo et l’avez apporté en Nouvelle-Guinée, alors que nous, les Noirs, nous n’avons pas grand-chose à nous ? » Il est des questions qui engagent une vie. Jared Diamond raconte que celle-ci lui fut posée en 1972 sur une plage de Nouvelle-Guinée, par un homme politique local du nom de Yali. Diamond était alors un biologiste évolutionniste préoccupé par l’observation ornithologique. Délaissant l’avifaune tropicale, il allait désormais s’efforcer d’apporter à cette interrogation une réponse argumentée.

Mourir ou prospérer : les sociétés choisissent-elles leur destinée ?

On ne reviendra pas ici sur le succès éditorial mondial qu’a connu l’entreprise, mais juste sur certaines des thèses qui y furent exposées. L’œuvre est notamment jalonnée par deux synthèses érudites, rédigées d’une plume alerte et exposant une avalanche d’exemples puisés dans l’histoire de l’humanité : Guns, Germs and Steel: The fate of Human Societies (1) ; et Collapse : How societies choose to fall or succeed (2).

Le premier livre se structure autour d’une thèse : l’expansion coloniale occidentale fut le fruit combiné des armes, des épidémies et de la technologie. Et cette histoire moderne découle d’un très long passé, pour une part géographiquement déterminé : de fait, l’expansion des regions fondatrices des grandes civilisations a reposé au départ sur des avantages géographiques décisifs. Si l’agriculture et l’élevage sont nés au Moyen-Orient et y ont atteint un degré de perfectionnement qui ne fut égalé nulle part ailleurs, c’est que l’Europe et l’Asie forment un colossal ensemble, propice, d’une part aux brassages microbiens qui aboutirent à l’immunisation progressive de ses populations, d’autre part aux échanges génétiques (plantes et animaux) comme technologiques. Toutes ces ressources furent captées par l’Europe, car ses composantes nationales multiples restèrent en compétition permanente et surent exploiter ces apports, quand d’autres sociétés, comme la Chine, restaient coagulées et immobilisées sous la férule d’un empire.

Le second ouvrage pousse la thèse un peu plus loin dans ses retranchements. Collapse, traduit par Effondrement, se définit pour l’auteur comme la « chute radicale du nombre, de l’organisation politique et sociale d’une population sur un large territoire donné ». Et d’égrener des exemples, devenus canoniques par la magie des best-sellers, parmi lesquels nous retiendrons les deux échantillons les plus popularisés : l’anéantissement de la civilisation de l’île de Pâques et l’agonie des Vikings groenlandais.

Ces exemples d’effondrement civilisationnel ont, pour Diamond, valeur d’avertissement pour notre société technicienne. Il entend démontrer que la quasi-totalité des collectivités humaines ont eu historiquement pour constante de détruire leur environnement au point d’en périr. La thèse est prophétique, globalisante, séduisante… Mais résiste-t-elle à l’examen ?

Non, répondent sans ambages Patricia A. McAmany et Norman Yoffee. Ces deux anthropologues viennent de diriger la publication de Questioning Collapse. Human resilience, ecological vulnerability and the aftermath of empire (3). Ce livre se présente comme une « entreprise de sagesse collective », ou plutôt de déconstruction, visant à saper ce que ses contributeurs perçoivent, avec d’autres, comme l’expression d’un déterminisme irritant et d’un occidentalocentrisme arrogant.

Des Blancs ou des statues, qui a tué les Pascuans ?

Point de désaccord majeur : les contributeurs de Questioning Collapse estiment tous que les sociétés souvent lointaines avec lesquelles Jared Diamond tisse ses parallèles ne sont pas mortes d’avoir épuisé leur environnement. « La résilience est le leitmotiv de l’histoire humaine », écrivent-ils en introduction, et les populations ont généralement su s’adapter au changement.

Prenons l’exemple de l’île de Pâques, emblématique entre tous. Les éditeurs ne s’y sont pas trompés. Tant Effondrement que Questioning Collapse portent en effet en couverture l’image d’un moai, imposante statue de basalte édifiée par le peuple polynésien échoué sur ce confetti insulaire de 164 km2 au milieu du Pacifique. Pour Diamond, ces populations auraient détruit leur environnement au fil d’une compétition de prestige entre clans visant à édifier des autels dédiés aux ancêtres, représentés par ces moai. Le transport de ces statues, de la carrière aux côtes, aurait nécessité énormément de bois. D’où une déforestation systématique, un « écocide » qui aurait entraîné la destruction du biotope pascuan. Oui, mais…

S’il faut appliquer un terme moderne à l’histoire pascuane, estiment les archéologues Terry L. Hunt et Carl P. Lipo dans l’article qu’ils cosignent dans Questioning Collapse, ce n’est pas celui d’écocide. Celui de génocide serait davantage approprié. La chute démographique, loin de résulter d’une surpopulation suivie d’une phase de guerre totale et de « retour à la barbarie », fut surtout la conséquence des déportations : Péruviens, Français et Britanniques forcèrent en effet les hommes au départ, pour exploiter les gisements de guano latino-américains ou les plantations coloniales de Polynésie française ou d’Australie. Des milliers d’indigènes attestés vers 1800, il ne restait en 1890 qu’une poignée de femmes. Quant à la déforestation, elle ne résulte pas de l’érection des moai. L’archéologie expérimentale a montré qu’il suffisait de peu de bois pour les déplacer. La palynologie et la comparaison avec l’histoire d’Hawaii (archipel peuplé à une date similaire par des peuples de même origine que les Pascuans) permettent d’inférer que ce serait plutôt les rats et poulets, arrivés dans les pirogues des colons polynésiens vers 1200, qui auraient progressivement éradiqué la forêt primaire en quatre siècles. Et cela n’empêcha nullement la population humaine de croître dans cet intervalle. Laissons la conclusion à l’anthropologue Alfred Métraux, qui visita les lieux dans les années 1930 : ce qui arriva à l’île de Pâques « est une des pires atrocités jamais commises par l’homme blanc, [responsable de] la catastrophe qui éradiqua la civilisation pascuane ».

Grande théorie et soupe de poisson

« La société viking médiévale installée au Groenland s’est-elle laissée mourir ? », se demande ensuite l’archéologue Joel Berglund. Jared Diamond voit en effet dans le destin de ce peuple une autre illustration de ses théories : pour lui, les Vikings ayant colonisé vers l’an mil les côtes australes du Groenland sont morts de faim trois siècles plus tard, quand un refroidissement climatique les a empêchés de se livrer à l’agriculture, à l’élevage, et au commerce avec l’Islande dont ils étaient originaires. Cela dans un milieu aux ressources abondantes, que leurs hostiles voisins inuits savaient exploiter ; en bref, ces Vikings seraient morts d’inanition simplement parce que des raisons culturelles leur interdisaient de manger du poisson, du phoque et de la baleine !

Ironique, Berglund commence par citer… Indiana Jones : « Si vous cherchez la Vérité, adressez-vous au département de philosophie. En archéologie, on ne travaille qu’avec des faits. » Et les faits archéologiques, pour être têtus, n’en sont pas moins ténus. Comment peut-on bâtir une telle théorie avec les rares traces de la présence viking au Groenland (des sagas attestant cette colonisation à partir de la fin du 10e siècle, et quelques murets confirmant l’existence de deux villages, datés des 14e et 15e siècles) ? Quand on ne dispose que de peu d’archives, dit-il en substance, grande est la tentation de combler les trous en laissant libre cours à son imagination. Certes, on ne trouve que peu d’arêtes et d’os de mammifères marins dans les dépotoirs vikings groenlandais… Mais on en trouve quand même, et il est attesté que les Nordiques étaient friands de poissons, phoques et cétacés, dont ils faisaient commerce et agapes. L’air de rien, Berglund enchaîne sur une recette de porridge norvégien en usage jusqu’au 19e siècle : dans un bouillon, faites réduire vos restes de poissons jusqu’à dissolution… Soyons logique, conclut-il. Si les Vikings disparaissent au 15e siècle du Groenland, nul besoin d’imaginer disette ou conflit de voisinage. Tout semble prouver que nos pragmatiques gaillards sont allés s’établir là où l’herbe était plus verte, ce qu’atteste le fait que les deux établissements connus aient été vidés de tout objet de valeur.

Oui, le monde est un polder

Les coordinateurs de Questioning Collapse se montrent plus que sévères sur la correction des détails de la copie, demandant à leurs contributeurs d’éplucher l’abandon des cités-États mayas, les racines historiques du génocide rwandais, les causes du retard chinois face à l’expansionnisme occidental du 19e siècle ou la disparition de l’Empire akkadien… Mais, au final, ils ne parviennent pas à remettre en cause la thèse fondamentale qui fit le succès de Jared Diamond. Ils vont même jusqu’à la faire leur : « Notre société globale a aujourd’hui atteint un point tel que nous sommes en mesure de changer – peut-être de manière irrévocable – le visage de la planète que nous habitons », reconnaissent-ils. Ce faisant, ils admettent que le débat est nécessaire, urgent.

Ils reprochent surtout à Diamond de pécher par omission : la notion même d’effondrement ne serait pas acceptable. Car si elle accuse d’aveuglement écologique des civilisations disparues, elle exonère de sa responsabilité la seule société qui ait eu, à un moment donné de son histoire, la capacité de peser sur son environnement à un point suffisant pour le détruire et s’autoannihiler. Cette société-là, prédatrice entre toutes, coupable autrefois de colonialisme et aujourd’hui de déséquilibres écologiques à l’ampleur inégalée…, c’est la nôtre.

L’argutie qui consiste à déterminer si Diamond est un prophète ou un imposteur n’est pourtant pas d’actualité. Il reste un auteur fondamental, et ses hypothèses reposent sur des enchaînements de causes complexes, bien loin de se réduire à la seule dialectique des relations entre civilisation et milieu. Si nombre de ses constructions sont à revoir et à discuter, ses livres constituent de formidables réservoirs d’idées. Les passages dérangeants qu’il a écrits, même rageusement raturés au stylo rouge par les experts, offrent une lecture jubilatoire et nourrissent de nouvelles pistes de réflexion.

Enfin, il aura au moins eu le mérite de poser une problématique cruciale : nous sommes seuls dans un monde fini, un grain de sable lâché dans un infini cosmique, et pour la première fois dans l’histoire en mesure d’affecter nos ressources vitales de façon irrémédiable. « Le monde est un polder », résume Jared Diamond. Il est urgent de réfléchir à cette situation inédite, et il aura eu l’immense mérite d’entamer cette réflexion d’ampleur.

NOTES

(1) Publié en 1997, traduit en français par Pierre-Emmanuel Dauzat sous le titre De l’inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire, Gallimard, 2000, rééd. coll. « Folio Essais », 2007.

(2) Publié en 2005, traduit en français par Agnès Botz et Jean-Luc Fidel sous le titre Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, 2006, rééd. col. « Folio Essai », 2009.

(3) Patricia A. McAmany et Norman Yoffee (dir.), Questioning Collapse. Human resilience, ecological vulnerability and the aftermath of empire, Cambridge University Press, 2010.

Comment naissent les empires (suite)

Peter Turchin défend l’idée que la naissance des empires relève historiquement d’une opposition militaire récurrente entre populations nomades et sédentaires : c’est en tout cas ce que révèlerait l’analyse statistique qu’il a menée dans ses différents ouvrages (voir le papier de Jean-François Dortier, sur ce blog, la semaine dernière). Évidemment empruntée à Ibn Khaldoun [1997, chapitre 4], cette thèse souffre cependant de plusieurs défauts graves. Les données historiques, archéologiques et climatologiques infirment en effet, bien souvent, les positions de l’auteur.

C’est en particulier le cas de la Chine. Un spécialiste incontournable des Empires chinois, des sociétés « nomades » et de leurs rapports est Nicola di Cosmo [1999, 2002]. Une des thèses les plus intéressantes de Di Cosmo est celle d’une militarisation des sociétés des steppes, spécifiquement dans les moments de crise. Ces moments de crise sont toutefois très divers. Ils surviennent en période de croissance des Empires chinois, lorsque ceux-ci pénètrent les sociétés des steppes. C’est clairement ce qui survient pour la création de la confédération xiongnu (204-43 avant l’ère commune) : celle-ci se construit en réaction aux agressions menées par les États chinois des Royaumes Combattants puis par les Empires Qin et Han. Autre moment de crise : lors du repli du système-monde, lorsque se produit une phase de désagrégation politique en Chine, le repli des échanges incite les peuples des steppes à essayer de prendre par la force ce qu’ils ne peuvent plus acquérir par le commerce. Nous avons toute une série d’exemples d’empires en Asie centrale dans ces périodes « intermédiaires » : « Le premier Empire turc, celui des Oghuz (552-582), émerge à une période où n’existe en Chine aucun État puissant, et où l’Empire byzantin, alors en repli, cherche à contourner par le nord l’obstacle perse. Les Oghuz obtiennent très rapidement un tribut de 100 000 balles de soie des Zhou septentrionaux, fait significatif de la dimension militariste de cette formation étatique » [Beaujard, 2010, à paraître]. On a un exemple similaire, ensuite, avec l’Empire ouïgour (745-840 de l’ère commune).

Qu’en est-il de l’influence inverse, des sociétés de la steppe vers la construction des empires chinois ? La déclaration de principe de Turchin selon laquelle « sous la pression de la steppe, les agriculteurs chinois bâtirent un empire après l’autre » [2009, p. 200] ne tient pas à l’épreuve des faits historiques. Ni l’Empire des Qin, ni les Empires successifs des Han, des Tang et des Song ne se sont construits « sous la pression de la steppe ». Il écrit par ailleurs que « c’est en cherchant à se défendre contre les invasions barbares, que les royaumes se militarisaient et se regroupaient en unités supérieures ». Di Cosmo montre justement que c’est souvent l’inverse qui se produit. Les États (royaumes, puis empires), en Chine, se construisent par un contrôle des ressources agricoles et non agricoles (métaux, chevaux…), des hommes et du commerce à longue distance. Et c’est donc d’abord parce que les États chinois en compétition ont besoin de chevaux pour leurs armées qu’ils sont amenés à un contrôle croissant des steppes et de leurs populations. Il est donc plus convaincant de considérer le potentiel agricole de la Chine, pour expliquer la formation des empires, que d’en prêter l’origine à l’influence des nomades. Ce potentiel agricole est la source d’une croissance démographique qui, avec l’essor d’un commerce à longue distance et un effort de contrôle des ressources, sous-tend la constitution d’États dès la fin du 3e millénaire (royaume de Taosi, 2600-2000) et au début du 2e millénaire avant l’ère commune.

Il en est de même pour la formation des premiers États en Mésopotamie, et du premier empire dans cette région, celui de Sargon, ca. 2340 avant l’ère commune (ou ca. 2200 si on adopte la chronologie ultra-basse aujourd’hui favorisée par nombre d’auteurs). La définition lâche que donne Turchin d’un empire lui permet de parler d’empire en Mésopotamie en 3000 avant l’ère commune, une position historiquement peu défendable. Par ailleurs, l’archéologie a montré qu’il n’y a pas simplement opposition entre les sédentaires de la Chine et les nomades de l’Asie intérieure. Les espaces de cette Asie intérieure contiennent aussi des populations sédentaires qui sont incluses dans les « empires nomades » : les recherches archéologiques récentes révèlent que l’espace xiongnu ne comprend pas que des nomades, et que l’entité politique mise en place est plus fortement structurée qu’on ne le pensait. L’espace xiongnu montre l’articulation de nomades et d’agriculteurs, en contact avec des centres de commerce et d’artisanat [di Cosmo, 2002, p. 169 et suiv.]. Honeychurch et Amartuvshin [2006, pp. 262-268] soulignent que l’expérience des contacts à longue distance accumulée par les populations pastorales mobiles des steppes, impliquant des échanges avec des populations diverses, a constitué un atout important pour la construction d’un État.

Si Turchin, par ailleurs, souligne à juste titre que l’origine des crises se situe souvent dans une croissance excessive de la population par rapport aux ressources disponibles (thèse bien connue de Malthus), il est difficile de le suivre lorsqu’il affirme sans preuves (aucun travail scientifique n’est ici cité) qu’« il n’y a pas de corrélation entre les périodes de refroidissement et les périodes de trouble. Le plus souvent, les périodes de refroidissement ne coïncident pas avec des périodes de crise » [2009, pp. 207-208]. Aucune précision n’est ici apportée, le lecteur doit se contenter de ce « le plus souvent ». Les données historiques concernant le climat indiquent en fait précisément le contraire de ce qu’affirme Turchin. Dans le domaine économique, par ailleurs, Turchin en reste à des généralités ; on peut ainsi regretter que Tainter [1988] n’ait pas été discuté, mais simplement éliminé en deux lignes.

En résumé, si certains développements de l’ouvrage apparaissent intéressants – ainsi l’importance accordée aux frontières écologiques, aux cycles séculaires et « au rôle crucial de la cohésion sociale pour expliquer l’essor et l’effondrement des empires », l’ensemble se révèle finalement décevant. Étant par ailleurs trop liée à une étude de corrélations largement formelle et peu enracinée dans la littérature historique, l’explication n’emporte jamais un assentiment sans réserve.

BEAUJARD, P. [2010], Les Mondes de l’océan Indien, tome 1, à paraître.

COSMO, N. di [1999], «State formation and periodization in Inner Asian history », Journal of World History, 10(1), pp. 1-40.

COSMO, N. di [2002], Ancient China and its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History, Cambridge, Cambrige University Press.

HONEYCHURCH, W., et AMARTUVSHIN, C. [2006], « States on horseback: the rise of Inner Asian confederations and empires », in Archaeology of Asia, M.T. Stark [ed.], Malden, Oxford, Carlton, Blackwell Publishing.

IBN KHALDOUN [1997], Discours sur l’histoire universelle – Al-Muqadimma, Paris, Sindbad.

TAINTER, J. [1988], The Collapse of Complex Societies, Cambridge, Cambridge University Press.

TURCHIN, P. [2009], “A theory for formation of large empires », Jourmal of Global History, vol. 4, issue 2.

Comment naissent les empires

Entre 2500 ans avant l’ère commune et 1800 après, l’histoire a vu défiler plus de 60 « méga-empires » : des mastodontes politiques qui ont contrôlé des territoires de plus de un million de km carrés (soit deux fois la France). Les premiers empires apparurent en Égypte (peut-être vers – 2700 avant l’ère commune) et en Mésopotamie (autour de  – 2300). Le Moyen-Orient vit ensuite défiler une quinzaine de structures impériales [1]. Un autre grand bassin de formation d’empires se situe en Asie : en Inde, en Chine, et dans les steppes d’Eurasie où fut constitué le plus grand empire de tous les temps : celui de Gengis Khan. Il y eut aussi des empires en Amérique (Maya, Aztèque, Inca), en Europe comme en Afrique. Quelles sont donc les forces mystérieuses qui poussent à la formation des empires ? Voilà une des grandes questions de l’histoire globale.

Peter Turchin pense avoir trouvé la réponse. Du moins, il estime avoir trouvé un facteur-clé qui expliquerait pourquoi des méga-empires se forment dans certaines régions du monde avec une belle régularité. Turchin est un professeur d’écologie évolutionniste (Université du Connecticut) reconverti dans la « cliométrie » : une application des modèles statistiques à l’histoire des populations, des guerres et des États. Depuis 2003, Turchin a publié quatre ouvrages sur la question [2]. En 2009, il s’est attaqué à un ambitieux projet qu’il nomme imperiogenesis, soit, en français, l’impériogenèse [3].

Le chercheur part tout d’abord d’un constat. Un des foyers les plus importants de formation des grands empires se situe en Asie, précisément dans le Nord de la Chine. Cette région a vu se succéder une quinzaine d’empires. En effet, ce que l’on nomme à tort « l’empire du Milieu » et qui aurait régné deux millénaires sur la région, recouvre en fait des phases successives d’unification impériale puis de désagrégation. À ces empires chinois successifs sont venus se superposer les empires des steppes : ceux des envahisseurs turcs et mongols qui ont mené des raids sur la région (et ont même pris plusieurs fois la tête de l’Empire chinois).

Pasteurs nomades contre agriculteurs

Le nord de la Chine est une zone de contact entre les pasteurs nomades venus des steppes arides et les sociétés agraires. Et cette région est justement une couveuse d’empires particulièrement féconde. D’où l’idée avancée par Turchin : la formation des méga-empires s’explique par les interactions conflictuelles entre pasteurs nomades et agriculteurs. C’est en menant des razzias et guerres de prédation sur ces zones que les nomades construisaient leurs propres empires. Et symétriquement, c’est en cherchant à se défendre contre les invasions barbares que les royaumes se militarisaient et se regroupaient en unités supérieures.

La contiguïté des sociétés nomades prédatrices et des États agraires produit donc un processus « autocatalytique » qui exercerait une pression à la fois sur les sociétés nomades et les sociétés agraires, les poussant toutes deux à édifier des sociétés militarisées et conquérantes. Cette action réciproque produit ce que Turchin nomme des « empires-miroirs ». Voilà pour le modèle.

Des « empires de l’ombre » aux « empires miroirs »

La notion d’empire de l’ombre a été avancée par Thomas J. Barfield [4]. Cette formule vise à rendre compte de la formation des empires nomades. Les pasteurs  nomades ne disposent pas des bases économiques pour l’accumulation des biens et la formation d’un État. Ils tirent ainsi leurs ressources de la prédation des sociétés agricoles voisines. C’est donc à proximité des sociétés agraires,  en les vampirisant en quelque sorte, qu’ils peuvent constituer des grandes unités politiques. Ces empires nomades se constituent « à  l’ombre » des États agraires voisins.

Turchin y rajoute une seconde hypothèse. Les empires agraires eux-mêmes se sont constitués en réaction aux invasions barbares. C’est en s’alliant, ou en s’unissant sous la coupe d’un des leurs, que les royaumes agraires ont été contraints de se constituer en super-unités militaires : les empire agraires… Les unités politiques nomades (des tribus aux royaumes aux empires) et celles des sociétés agraires ont augmenté en taille par une réaction en chaîne : une boucle de feedback qui les fait se renforcer les unes les autres. D’où l’idée « d’empires miroir ».

Cartographie de l’impériogenèse

Si la théorie des « empires miroirs » est juste, elle devrait pouvoir se généraliser. Pour vérifier son hypothèse, Turchin a donc entrepris de constituer une vaste base de données de 60 « méga-empires ». L’échantillon porte sur des grands empires apparus dans l’histoire entre – 3000 et + 1800. L’échantillon se termine en 1800 pour exclure les impérialismes récents qui relèvent d’une logique différente. Sont également éliminés les empires maritimes (comme Athènes et Venise) qui sont de nature différente.

Une carte de répartition de ces empires fait surgir aussitôt une donnée-clé : l’immense majorité des empires sont situés à l’intérieur ou dans une zone proche de la ceinture aride qui va du Sahara au désert de Gobi. Ce constat est confirmé par l’étude statistique. Les exceptions concernent un empire du sud-est asiatique (l’Empire khmer), l’Empire inca, deux exceptions européennes (l’Empire romain, l’Empire carolingien) et quelques autres encore. La relation entre proximité des steppes et montée des méga-empires est affectée d’une corrélation statistique très forte. Cette corrélation est du reste confirmée par un autre facteur, l’évolution dans le temps. On constate une très brutale augmentation de la taille des empires entre – 800 et – 200, période que le philosophe allemand Karl Jaspers appelait « l’âge axial ». Or cette évolution est concomitante pour les empires nomades et les empires des sociétés agraires. Cette correspondance s’explique, selon Turchin, par le phénomène de feedback entre les deux types de société. A la montée en puissance des uns répond celle des autres.

Plusieurs études de cas viennent donner du crédit à ce modèle. L’Égypte, par exemple, semble bien confirmer le modèle : la formation de l’Empire égyptien, dans la haute région du Nil, s’est clairement marquée dans la confrontation entre les tribus nomades de pasteurs et les agriculteurs. D’autres exemples sont passés en revue : les neufs empires d’Asie du sud (Empires indiens et turcs), ceux du Moyen-Orient (durant l’âge axial), d’Europe de l’Est, ainsi que le cas de l’Empire indien des Comanches dans les plaines d’Amérique du Nord.

Pour une science des empires

L’auteur admet que ces études de cas ne constituent qu’un survol destiné à vérifier la robustesse de son modèle. Une investigation plus poussée supposerait un travail collaboratif : au passage, voilà une belle idée de travail collectif autour de l’histoire globale. En conclusion, l’auteur précise que son modèle de formation des empires n’est pas exclusif. D’autres voies possibles et d’autres mécanismes de gestation d’empires sont possibles. Un empire, admet Turchin, peut se former par la confrontation des royautés entre elles, sans qu’il y ait de confrontation avec des envahisseurs nomades. Cela peut se concevoir et relèverait de la même méthode : créer un modèle explicatif et vérifier expérimentalement, à partir du riche laboratoire de l’histoire universelle, la robustesse de l’hypothèse.

carte1

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Les couleurs indiquent les zones environnementales.

Vert foncé : Forêt pluviale tropicale ; Vert olive : Savane et forêt claire tropicales ; Orange jaune : Désert subtropical ; Orange foncé : Garrigue ; Jaune : Steppe et désert tempérés ; Vert clair : Forêt boréale ; Vert moyen : Forêt pluviale tempérée ou forêt caducifiée tempérée ; Bleu clair : Toundra ; Bleu foncé : Hauts plateaux.

Les noms correspondent à ceux des empires.

carte2

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[1] Il y eut les Empires assyrien et babylonien, hittite, perse (achéménide puis sassanide), les califats arabo-musulmans. L’Empire ottoman qui disparut en 1911 fut le dernier de la région. Si on excepte bien sûr les empires coloniaux français et britannique qui dominèrent la région ensuite.

[2] Secular Cycles (avec P. Nefedov), Princeton University Press (2009) ; War and Peace and War: The Life Cycles of Imperial Nations, Pi Press (2006); Historical Dynamics: Why States Rise and Fall, Princeton University (2003); Complex Population Dynamics: a Theoretical/Empirical Synthesis (2003).

[3] « A theory for formation of large empires » (http://cliodynamics.info/PDF/Steppe_JGH_reprint.pdf), Jourmal of Global History, vol. 4, issue 2, 2009, pp. 191-217.

[4] « The shadow empires: imperial state formation along the Chinese-Nomad frontier », Thomas J. Barfield, in Empires: Perspectives from archaeology and history, Susan E. Alcock (ed.), Cambridge University Press, 2001.